Rohan Graeffly – Wild Child
Julie Crenn - Mai 2013
Les éditions derrière la salle de bains
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La vie est trop courbe pour se conformer aux règles.
Pol Pierart.

               L’œuvre de Rohan Graeffly est indisciplinée et imprévisible. Il est avant tout un véritable touche-à-tout puisqu’il jongle entre peinture, photographie, sculpture, vidéo et installation. Il expérimente, construit et déconstruit ce qui l’entoure et ce qui le nourrit. Ses œuvres, souvent présentées par séries, naissent par associations d’idées, d’objets, de textes et d’images. Parce qu’il ne s’impose aucune limite, il s’inscrit dans l’héritage des artistes maniant l’ironie, la critique et l’absurde pour développer une œuvre multiréférentielle. Son travail croise l’esprit iconoclaste de Marcel Duchamp, le surréalisme de René Magritte, le radicalisme de John Heartfied, la malice de Wim Delvoye et l’impertinence d’Andres Serrano ou de Marcel Mariën. À partir du quotidien : ses objets, ses mots, son actualité, ses rituels, ses peurs, ses lassitudes et ses traces, l’artiste construit une œuvre oscillant entre pessimisme, lucidité et dérision. 

Adhérences

               Puisqu’il procède par associations, Rohan Graeffly produit des images et des objets aux contours et aux formes hybrides. Entre assemblage, collage et photomontage, il re-fabrique ses cibles. Ainsi, la série Hybris (2013) est constituée d’objets déroutants : la reconstitution en plâtre émaillé d’un doigt coupé, accouplée à une paire d’écouteurs (Yakusas) ; ou encore une pipe surmontée d’un robinet à manette papillon (Coitus interruptus). Leur conception repose sur l’alliance incongrue de propriétés physiques, symboliques et sensorielles, à l’image de « la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie ! » décrite par Lautréamont. En ce sens, l’artiste poursuit et renouvelle les fameuses associations réalisées par les dadaïstes et les surréalistes. Lorsqu’il s’agit d’un objet, il réfléchit à partir du ready-made pour ensuite l’additionner à un autre objet (tangible ou conceptuel). La série Algos (2012) favorise en effet une anthropomorphisation des objets puisqu’ils sont touchés par des malformations ou des maladies propres à l’être humain. L’artiste travaille essentiellement à partir d’objets et d’outils liés au monde du travail, à la manutention : une palette de transport est atteinte de cyphose ou de lordose, une déformation de la colonne vertébrale provoquant une forte incurvation du corps ; une massette ostéodystrophique, une pioche victime d’anorexie ou encore une hache rongée par l’ostéoporose. Il assigne à l’objet une pathologie qui le rend inutilisable et absurde.

Les combinaisons sont également présentes dans son œuvre dessinée. Une série d’encres sur papier fait état d’êtres hybrides : humains, animaux, machiniques. L’esprit de Picabia est ici convoqué. Ainsi une poule harnachée d’une tête bovine s’extrait d’une coquille d’œuf (L’Origine des Discordes, 2013) ; le corps d’un âne est prolongé d’une machine à vapeur, de la cheminée se dégage un nuage Smiley (Les Temps Moderne, 2013) ; une chaîne de vélo ou de tronçonneuse est jalonnée de langues humaines rouges (Chainsaw tongue pressure, 2013). Les dessins de type encyclopédiques fusionnent les répertoires et les époques. C’est d’ailleurs en poursuivant ce registre de télescopages que Rohan Graeffly réalise la série Alice in our land (2012) où la fillette se retrouve parachutée dans notre époque. Amoureux du personnage durant toute son enfance, il décide de retravailler les planches de Sir John Tenniel pour y incruster sa touche. À l’innocence, à l’espoir et à la rêverie, l’artiste répond par une description de notre réalité où cruauté, ironie et violences priment. Alice se retrouve prise au piège d’un monde sans dessus ni dessous, en perte de valeurs et nourri par une bêtise croissante. Nous la voyons alors dans la rue, couchée sous un carton, noyée dans la crise, tenant le diable sous le bras, jouant avec un crâne, brandissant sur son épaule un bazooka, couronnée d’un préservatif ou encore assourdie par les slogans normatifs rythmant notre quotidien : MEN – POWER – SEX – MONEY. Dans notre monde, Alice est ensevelie sous une montagne de désillusion et de brutalité. 

Réminiscences

               Le remaniement et le détournement des objets et des images permettent à l’artiste de réfléchir sur l’histoire et la mémoire qu’ils contiennent. Plusieurs séries mettent en avant une recherche mémorielle et sensible. En 2010, il réalise Objets Meurtris, où des objets du quotidien sont mis en relation avec des portraits photographiques floutés de personnes disparues. L’artiste a fixé son attention sur deux causes de disparition : la maladie et l’incendie. Ainsi, les objets sont rongés ou partiellement brûlés. Une tension est créée entre les visages brumeux de ces anonymes et leurs objets : ce qu’il reste d’eux. Conçus comme des reliques, les objets traumatisés évoquent le passage de vies antérieures. En creux, apparaît une volonté de reconstruction d’une mémoire par l’objet et par l’image. En soulignant les traumas (physiques et/ou psychiques) subis par les corps et les esprits, l’artiste tend vers un apaisement, une réconciliation. C’est dans cette perspective qu’il produit la série Prosthesis/Prothèses (2012), où il travaille à partir de figurines animales amputées. En sculptant les membres manquants de jouets abandonnés, il rétablit les silhouettes figées d’animaux domestiqués/élevés (chevaux, bovins, cochon) et d’animaux sauvages/chassés (sanglier, cerf, faon). Parce qu’il fabrique de nouveaux récits à partir de sujets blessés, Rohan Graeffly convoque l’idée du souvenir, personnel et collectif. La série photographique intitulée Vanitas (2011), examine des objets-traces de sa propre enfance. L’objet devient image grâce au filtre du scanner : un pansement usagé, le bois d’un chevreuil, une feuille de chêne, une peluche, une clémentine ou un papillon. Chacune de ses reliques (réelles ou fictionnelles) fait appel à l’expérience personnelle de l’artiste, qu’elle soit sensorielle, émotionnelle ou mémorielle. Elles contiennent chacune les histoires et les anecdotes d’une histoire.

Ni dieux, ni maîtres

               L’œuvre de Rohan Graeffly est marquée par un esprit critique aiguisé et sans concession par rapport à toutes formes autoritaires et normatives : les religions, le grand vent des communicants, le système capitaliste, le patriarcat. C’est avec cette volonté critique qu’il réalise une série de peintures intitulée Paper Flesh (2010 – in progress). En s’appropriant les pages de magazines de mode, il s’attaque aux normes et aux diktats dont nous sommes assénés chaque jour. Les silhouettes y sont filiformes, les visages lisses et sans expression. Une trame bien trop homogène aux yeux de l’artiste qui, à partir de l’encre même des images imprimées sur le papier glacé, va procéder à un travail de déformation des corps et de défiguration des visages. Les modèles, féminins comme masculins, se font zombies, désincarnés, monstrueux, à l’image du discours qu’ils incarnent. Il mène ainsi sur une réflexion sur le corps-objet, notamment le corps des femmes : sa représentation, sa destination, sa perception par autrui. En 2013, il développe une série nommée Faire Tapisserie, où des silhouettes féminines aux postures sexuelles et pornographiques, sont juxtaposées aux motifs chargés de papiers-peints. Leurs présences sont rendues quasi invisibles, leurs corps se confondent aux motifs, ils font littéralement partie du décor.

Comme dans l’œuvre de Pol Pierart, le rapport image/objet et textes jouent un rôle moteur dans celle de Rohan Graeffly. On l’observe dans le choix des titres des œuvres, il est aussi présent dans plusieurs série. L’écrit, utilisé de manière directe comme sur les pavés et la toile ou façon plus détournée, lui permet de revenir sur des mythes, des slogans, des stéréotypes. Ainsi, il invite le regardeur à une prise de conscience par rapport à un système visuel normatif, broyeur d’individualités, de différences, d’idées et de contradiction. Il incite alors à la rébellion et à la résistance. Briser la glace (Traces) est une série de pavés récoltés au fil de ses déambulations, prélevés directement dans les rues. Sur chaque pavé est gravé un mot, une formule, une injonction : RESISTANCE – CONVERSATION – TABULA RASA – POSSIBLE – FUCK – DISCARD – LIFE – PROPOSITION – HELP. Il revisite et réactive le célèbre slogan : « Sous les pavés la plage ». Comme à la fin des années 1960, nous subissons une période de crise économique et sociale. Une crise que l’artiste va utiliser comme un véritable matériau qu’il va déployer sous différentes propositions. La peinture What Else ? critique et souligne le statut protégé du système bancaire dont les acteurs sont les principaux responsables de la crise mondiale. Au slogan ironique, il ajoute une installation qui reflète les causes et les effets de cette crise qui ne touche pas tout le monde de la même façon. Ne rougissez pas de vouloir la lune nous fait entrer dans une cuisine lambda. Chacun des objets, qu’ils soient présents ou absents, atteste de la violence subie dans les foyers. Le couteau suspendu dans les airs, la pointe dirigée vers le bas, devient une épée de Damoclès ou bien la matérialisation de l’expression « avoir le couteau sous la gorge ». Le pain, élément alimentaire de base, est changé en or, il est alors rendu inaccessible aux revenus les plus modiques. La serpillière au sol est marquée d’une tête de mort. Le mobilier a disparu, seule son ombre noire persiste, signe d’un probable passage des huissiers. Rohan Graeffly pointe du doigt l’enrichissement d’une poignée et la confortation de leurs pouvoirs de contrôle, pendant qu’une majorité ramasse les miettes et les pots cassés.

Aux pouvoirs politiques, médiatiques et économiques, il consacre une large part de sa réflexion aux dogmes religieux. Plusieurs de ses pièces s’attaquent directement à l’iconographie et aux textes judéo-chrétiens. En ce sens, les mythes tiennent une place considérable dans sa pratique. Il procède ainsi à des relectures sarcastiques et radicales des écrits bibliques et des légendes. La Fondation de Babel est une interprétation personnelle du mythe de la création de la Tour de Babel. L’histoire apparaît dans la Genèse, où il est raconté qu’après le déluge, les hommes, qui à ce moment-là parlaient tous la même langue, ont eu le projet de construire une tour qui leur permettrait de se rapprocher de Dieu. Un projet que ce dernier mit à mal en dispersant les hommes et en brouillant leurs langages. Rohan Graeffly s’empare de la légende et installe les fondations de la Tour de Babel. Elles sont uniquement composées de trognons de pommes sculptés dans le bois. Ils nous rappellent Adam et Eve, le péché originel. L’humanité est ici résumée à un amas de « croqueurs de trognons ».

Grâce à des combinaisons incongrues et percutantes, Rohan Graeffly développe une recherche à la fois sur l’imaginaire collectif et sur l’influence des pouvoirs sur nos individualités et nos quotidiens. L’artiste s’appuie sur une iconographie et un répertoire matériel qui nous est familier afin de les détourner et de re-fabriquer du sens et de la critique. En filigrane, il développe une réflexion sur une idée fondamentale mais largement bafouée : la liberté de chacun. Etre libre de ses actes, de ses choix,  de sa parole, de son corps, de sa différence. Une œuvre récente en témoigne, Fragments d’un discours sur la Liberté (2013) est un coffret contenant le premier acte de la déclaration universelle des droits de l’Homme. L’acte, gravé dans le granit et rehaussé d’or fin, est brisé. Il nous apparaît tel un puzzle, « un kit à géométrie et à dimensions variables », à l’image de notre expérience individuelle de la liberté qui diffère selon la géographie, le régime politique, le genre, la sexualité, la religion etc. Rohan Graeffly se fait l’observateur de cette géométrie variable. Il prête une attention quotidienne aux écarts, aux injustices, aux contradictions, aux indifférences et aux absurdités générés par l’Homme. Il nous tend le miroir de nos propres dérives et nos propres reculs.


 

Rohan Graeffly/texte de François Liénard

Dans Tables de fêtes, Rohan Graeffly inventait le street art domestique en des tables dessinées, gravées, brûlées, un travail collectif dans la joie nocturne et intimiste des vapeurs et des volutes. Dans Raw, il détourna des objets, le plus souvent par leur recouvrement au moyen de la peinture, matière ayant le pouvoir d’unifier une idée – rappelant ainsi les tactiques simples mais radicales d’un Marcel Mariën. Des variations autour d’un Jésus terroriste, de casques qui se muent en seins, de missiles qui se font toujours plus sexuels. Dans une série de mousses baptisées Shit, JFK n’est plus qu’un crâne, Jésus encore lui s’endort dans ses excréments – ça lui pendait au nez –, et un énorme vomi s’extrait avec peine du mur pour s’affirmer en tant que sculpture à part entière.
Holly Bullet est un messie qui fond dans les flammes d’une poêle, un calvaire de cuisine, pour devenir, ensuite moulé, une balle de calibre neuf millimètres. Phoenix est un petit rapace empaillé qui flambe et renaît de ses cendres dans la boucle des images sans fin, un oiseau de proie qui se consume à jamais dans les merveilleux nuages – en des accords oranges et bleus parfaits car complémentaires. La fondation de Babel est une élévation de trognons de pommes en bois sculptés et peints à la main, les fruits de l’Arbre de la Connaissance, les pierres de la Tour qui voulait élever l’homme au rang de Dieu en une gigantesque vanité. Vanitas, justement, est une série d’objets scannés et agrandis, sparadrap, crâne de chat, balle de tennis éventrée émergeant de la nuit des images, Rohan Graeffly revisitant ici le photogramme cher à Man Ray en prenant le train des nouvelles technologies qui seront à leur tour un jour obsolètes.
La série Paper Flesh est un travail toujours en cours, dans l’encre d’impression des magazines glamour, une impression qui devient aquarelle grâce au pouvoir destructeur de l’acétone ou du solvant cellulosique. Et les beautés se font monstres, les corps se dissolvent au sommet de leur narcissisme lorsqu’on les dépèce de leur image, l’égoïsme est en lambeaux et la peinture est en effet aussi un art de l’extraction. L’on trouve encore dans l’atelier de Rohan Graeffly des châteaux de sable en béton, l’Evangile de saint Jean en code binaire, des pavés gravés d’or fin prêts à être envoyés dans les vitrines du conformisme.
Rohan Graeffly parle de lui au-delà du Me, Myself and I exaspérant et suicidaire prôné par les médias mercantiles, il réfléchit sur le corps, le sien et celui des dieux en des iconoclasties douces, avec des techniques d’aujourd’hui au service de la création. Sa recherche se situe entre rire et gravité, c’est un gai savoir mais aussi un travail de mémoire – un archivage du futur dirait Marguerite Yourcenar – qui fait son chemin, le pied léger, au-dessus du précipice amnésique de notre présent perpétuel.

François Liénard, avril 2012.

 


I AM HURT/ Interview by Lieselotte Verplancke

Rohan Graeffly


With regards to the art project I AM HURT, visual artist Rohan Graeffly presents pieces of his series La fuite, Vanitas, Paper flesh and Objets meurtris in the Jan Colle gallery in Ghent until March 22. On a chilly Sunday afternoon, Rohan is preparing his exhibition at the gallery and that is where I meet him for an interview.
LV: What is the main theme that can be found in your work? Rohan Graeffly: Everything that I make is related to the concept of identity. For instance, La Fuite takes us back to my personal past, it reflects the truth as I see it. Vanitas, another work, refers to childhood. Not only my own childhood, but also my 16 months old son’s childhood, gathered and reproduced by typical children’s objects that each reveal a story.
LV: In front of us there is a whole pile of magazines with pictures that seem to be reformed. What are we looking at exactly? RG: This is called Paper flesh. After choosing a picture in a magazine, I modify its shapes and colours by means of a solvent, creating my own picture. LV: It seems as if you are making them uglier. Is that voluntarily? Is this a reaction against the excessive use of Photoshop and similar programs to make reality more beautiful than it actually is?
RG: That is exactly the message behind them. I once worked as a fashion photographer. The modelling world is a really fake world where only looks and appearance matter. Real content is very hard to find.
At a small distance, a black display in the gallery draws my attention. It runs sentences such as ‘tu n’existes pas’ (you don’t exist).
LV: What is this about, Rohan?
RG: The viewer who is reading these words at the same time sees his own reflection in the screen. The display pretends that the viewer is not really there, that he is only a reflection. It functions as a mirror that is ignoring its reflection.
LV: So instead of ‘this is not what it seams’, it is exactly what it seems?
RG: Precisely!
LV: Can something of Rohan Graeffly be found in all your works?
RG: Absolutely. I would not be able to make something that does not hold my signature. In that aspect, my work always reflects Rohan Graeffly. You can always find a link to my personal life, my identity.
LV: What about a message, is there always something you want the viewer to see?
RG: I would not really descibe it as a message. I do offer a sort of reflection, but the viewer can perfectly decide for himself whether he sees it or not. If he decides to look, he will soon figure out the key elements in the work that reveal what is behind it.
LV: The I AM HURT project questions whether art and the creative proces in the making of art can be healing or uplifting. Would you agree?
RG: When I am not making something, I get sad. As soon as I start producing something again, I feel immediately better. It is as if art for me leads to happiness.
LV: The faces on the drawings on this wall are reformed in such a way, that they become harsh and raw. In what way can they make us feel happy?
RG: The drawings are not intented to hurt or frighten the viewer, but to bring a certain insight. This work is meant to make understand, to accept, in short it aims to make lives better, happier.
LV: Do you sometimes get affected by looking at art?
RG: Yes, it happens. Some pieces of art at certain points in my life changed my view on the world, my trust in the human being, in a positive way. Art teaches us about life. Art makes it possible for us to understand ourselves. Art is the mirror of the soul but not only the soul of the artist; also the viewer’s soul. The viewer looks at the piece through his glasses, with all his knowledge and prejudices. What he sees is actually himself. A piece of art therefore does not have to be read as it was meant by the artist.
LV: In the video Anatomies harsh motions are shown of operations, of disfigured bodies, dead or alive. What role does pain play in your work?
RG: Pain is part of life, we cannot live our lives without it. Many people try to ignore it, but that is impossible. Only when we can understand what pain is, we can value life in all its aspects. ‘Le paradis ne serait pas aussi beau si l’enfer n’existait pas’.
LV: Evangile, Apocalypse, Genesis, The Foundation of Babel, … Is there any special connection between you and the Bible?
RG: I spent the ten first years of my life in a strict Jesuit school in South-Africa, where corporal punishment was still in use and pupils had to attend mass three times a day, … I got a pretty good notion of the Bible, en now I play with its ideas, I illustrate how I think about religion and its culture. I do not believe in God, I only believe in humanity. We are what we do and what we do makes us who we are.
LV: To what extend are we in charge of our lives? And to what extend are our lives based on coincidence?
RG: I believe that much is dominated by fate, but I also believe that we have a choice in how we deal with the given possibilities. We are at a crossroads all the time and we need to choose our direction.
LV: Let’s have a look at this work, Objets Meurtris. These objects seem to be affected by some disease, I am looking at a gnawed chair and half a vacuum cleaner. They appear to have lost their original function but still seem to be meaningful.
RG: These objects all belonged to deceased acquaintances. Their faded out portraits also belong to the work. The spoons, bowls, chairs and other objects are deformed in a way that they can no longer be used. You can still recognize their shape but they have lost their functionality. The portraits also have been treated in such a way that you can only see the shape of a random face, the portrait also lost its functionality. The real face is gone, just as the person itself is no longer amongst us. An object without a function as a dead object.
LV: What if people are affected by a desease or are suffering so badly that they can no longer function. Did they lose their meaning as well? RG: As long as they are fighting, as long as they are struggling to regain their health, they are functioning. Only when the towel is thrown, then it is really over.

Lieselotte Verplancke


I AM HURT, August 14 – September 10, 2011 –Jan Colle Gallery, Ghent.
Rohan Graeffly Exhibition, February 13 – 22, 2011 – Jan Colle Gallery, Ghent


OH ! FOURNEAU
Lier, entrelacer, écrire : un autre regard sur le site

Texte de François de Coninck

Dans ses installations, Rohan Graeffly travaille non seulement sur lʼimage fixe
ou en mouvement et sur lʼobjet, mais également sur le son et sur le texte. A
lʼhorizon de ce travail plastique qui ne cesse de questionner la structure du
langage, ses fondements et ses effets sur le réel, on retrouve une même ligne :
celle qui court entre les thématiques de lʼidentité et du souvenir, avec lesquelles
il aime jouer en estompant la frontière entre la fiction et la réalité des
événements mis en scène. Dans ses récents travaux quʼil nous présente ici, il
se fait plus iconoclaste et grinçant en portant un regard décalé sur les pouvoirs
qui enferrent la condition humaine, dont le pouvoir religieux et ses mythes
fondateurs – et querelleurs, ma foi ! Car il faut bien poursuivre son propre
cheminement dans lʼincompréhension du monde et dans la déconstruction de
ses codes : tel fut autrefois la part du diable et, aujourdʼhui sans doute, le travail
des artistes. Phoenix est une oeuvre méditative dans laquelle la renaissance
éternelle du Phénix vient sʼincarner concrètement dans un four à pain : cette
vidéo qui sʼinspire dʼune interprétation des saintes initiales INRI – Igne Natura
Renovatur Integra ou Par le feu, la Nature sera entièrement renouvelée –
prend décidément lʼEsprit à la lettre, non sans lui voler dans les plumes ; dans
lʼair chaud du Fourneau Saint-Michel monte un peu dʼhumour noir – dʼun beau
noir cendré. Les vicieuses nous ramènent ensuite à des plaisirs plus terrestres
– ceux-là même qui nous font monter au ciel, mais oui, et dont on entend
bourdonner les éternelles mêmes histoires dans les tiroirs à secrets de nos
familles. Avant nous, les mouches ; après nous, les mouches : décidément, rien
ne change sous le ciel sombre des turpitudes humaines. La fondation de Babel
vient encore désordonner davantage les choses de la vie telles que Rohan
Graeffly (se) les représente dans ses moments dʼégarement – quʼils soient
bénis. Bon Dieu, si cet amas de trognons sculptés et peints ne parvient pas à
amadouer un peu la colère éternelle du Tout puissant, perché sur la plus haute
branche de lʼarbre de la connaissance, alors ce sera pour la pomme de lʼartiste,
mais aussi pour la nôtre, pauvres croqueurs que nous sommes tous devant
lʼEternel (féminin, à tout le moins). Enfin, pour couronner le Tout sans qui rien
nʼa été fait de ce qui existe, lʼinstallation vidéo Gospel nous offre, sur un écran
tv encastré dans une armature cruciforme en bois, une interprétation visuelle et
sonore de lʼévangile de Saint-Jean dans sa version la plus hype : le langage
universelle binaire, servi en code barres de 128 bits. Dieu en personne ne
devrait pas sʼen remettre de sitôt – Graeffly one point.

François de Coninck

OH ! FOURNEAU Juin à Novembre 2011, Musée de plein air du Fourneau Saint-Michel, Belgique.